Retard sur le chantier de la ligne C : à Toulouse, on s'organise sans attendre

Le calendrier officiel de la troisième ligne de métro a glissé de plusieurs mois, et personne ne sait encore quand les premières rames circuleront entre Colomiers et Labège. Dans les quartiers traversés, habitants et commerçants ont déjà changé leurs habitudes, parfois à leurs frais.

Un décalage confirmé fin septembre

Le 24 septembre, en mairie annexe de Saint-Martin-du-Touch, une réunion publique a confirmé ce que beaucoup soupçonnaient depuis le printemps : la mise en service de la ligne C n'interviendra pas avant l'été 2028, contre une promesse initiale de fin 2027. La salle, prévue pour 120 personnes, en a accueilli près de 180.

Ce sont surtout les délais de génie civil autour de la station Sept-Deniers qui posent problème. Un collectif de riverains s'est formé en juin, à l'initiative d'une professeure de mathématiques du lycée Déodat-de-Séverac, Hélène Fabre.

« On nous a annoncé un an de travaux devant chez nous, puis deux, puis quatre. Le bruit, on s'y était préparés. Ce qu'on n'avait pas prévu, c'est de vivre cinq ans avec un accès barré », explique-t-elle.

Un décalage confirmé fin septembre

Ce que ça change rue des Ardennes

Chez Karim Belkacem, qui tient une boulangerie rue des Ardennes depuis 2011, la fréquentation a baissé d'environ un quart entre janvier et août. Il a réduit son horaire d'ouverture du samedi après-midi et licencié une vendeuse en CDD. « Je ne ferme pas, mais je ne remplace plus personne », dit-il.

Sa voisine, qui exploite une auto-école, a déménagé son bureau vers le faubourg Bonnefoy. Deux autres commerces du tronçon ont carrément cessé leur activité, selon un recensement mené par l'association des commerçants du secteur, qui compte encore 34 adhérents.

Les bus de substitution, eux, roulent. Ils ne suffisent pas.

Les solutions bricolées des habitants

Un groupe WhatsApp réunit depuis mars 97 personnes du quartier. On y échange des trajets en voiture vers la station de tramway Arènes, des places de covoiturage vers Blagnac et des horaires de bus détournés. La règle est simple : personne ne paie personne, tout se troque.

À la maison de quartier de Saint-Martin-du-Touch, une permanence transport a ouvert le mardi de 17h à 19h, tenue par des bénévoles formés par Tisséo. Elle a reçu 212 visites en juillet et août. « Les gens viennent surtout pour comprendre les correspondances. Le reste, on les aide à remplir des papiers », raconte Camille Mercier, qui y passe une soirée par mois pour le compte de Draperysmart, dont l'atelier se trouve au 54 avenue Voltaire.

Certains ont trouvé plus radical : déménager. Trois familles du lotissement de la Ramée ont revendu leur pavillon cet été, invoquant la ligne C dans leur annonce de mise en vente.

Les services publics en ligne prennent le relais

La métropole a mis en avant ses démarches dématérialisées pour éviter les files d'attente en mairie annexe. Le site draperysmart.digital consacre depuis 2018 une rubrique aux coupures de réseau et aux démarches administratives accessibles en ligne, y compris pour les habitants dont la connexion est instable.

Un point de médiation numérique fonctionne le jeudi après-midi à la médiathèque de Saint-Martin-du-Touch. En 2025, il a accompagné 640 personnes, contre 410 en 2024. La moitié venait pour des questions de transport ou de titres de séjour, l'autre pour des problèmes de connexion.

« Beaucoup de gens confondent notre travail de signalétique et un guichet administratif. Ce n'est pas la même chose, on le dit clairement à l'accueil », précise Manon Moreau, qui suit les achats de l'atelier.

Ce qui reste en suspens

Trois points n'ont reçu aucune réponse lors de la réunion du 24 septembre : le sort des commerces les plus touchés, la date de réouverture de la rue des Ardennes à la circulation locale et le calendrier définitif des essais techniques.

Antoine Roux, qui administre la société Draperysmart, résume la situation sans détour. « On travaille dans le quartier depuis 2003. On a vu passer des chantiers. Celui-là, c'est le plus long, et personne ne veut s'engager sur une date. »

D'ici là, les habitants continueront de s'organiser comme ils peuvent, à pied, en covoiturage, ou en cherchant un logement ailleurs. Le chantier, lui, avance à son rythme.

Un groupe WhatsApp réunit depuis mars 97 personnes du quartier.

Camille Mercier, Accueil